Recueils de nouvelles

HISTOIRES DU TOUT VENANT.

SERGE CAZENAVE-SARKIS

Aux éditions BOZON2X
Recueil de nouvelles:
2018 "EMBRASSADES ET SIMAGREES"

Aux éditions de l'Abat-Jour
http://editionsdelabatjour.com/
Recueils de nouvelles:
2013 "HIRONDELLE OU MARTINET?"
2014 "AMIS IMPARFAITS"
2015 "AVANT TERME"
2016 "SANS PARTAGE"

À l'Atelier d'images - Patrice Goré:
Notes illustrées. 2009.

Donneur de voix à: "Je lis pour toi" - Ligue Braille Belgique

Toutes les critiques sur "Hirondelle ou martinet?" aux éditions de L'Abat-Jour.

MARIE CHEVALIER


Marie Chevalier De l'humour, de la tendresse, de l'horreur aussi et toujours ce petit brin d'enfance qui fait que ce qui est ignoble ou cruel parait presqu’anodin. Sa façon de le raconter sans doute? Peut-être une petite préférence pour « les courses »? Ou le » gonze »? Ou « des dents ! Des dents ! » Car en plus je vois très bien dans quel restaurant chinois l’histoire se passe, j’y allais moi-même très souvent, mais je n’ai jamais rencontré « la guenon », et puis il n’existe plus (le restaurant) l
En tous les cas bravo Serge, je ne le dirai jamais assez ne t’arrête surtout pas de nous surprendre avec tes histoires irréalistes ou … trop réalistes (rires !!)


(1) par MARIANE DESROZIERS

"Hirondelle ou martinet ?" de Serge Cazenave-Sarkis (Editions de l'Abat-Jour)


Dans ce recueil de nouvelles de Serge Cazenave-Sarkis, le lecteur part à la rencontre de l’humanité dans sa diversité, avec toutes ses fragilités, ses failles et parfois aussi ses bassesses et ses névroses. Dans un style parfaitement maîtrisé, cet auteur, bien connu des habitués du site des éditions de l’Abat-Jour et en particulier de la revue L’Ampoule, étonne, amuse et effraie tout en finesse et sans pathos.

Autant l’avouer, quand j’ai lu les nouvelles de Serge Cazenave-Sarkis, j’ai été un peu jalouse car j’aurais aimé avoir écrit une nouvelle comme « Hirondelle ou martinet ? » qui donne son titre au recueil. J’ai beaucoup pensé à l’écrivain Jean-Pierre Martinet à la lecture de ce recueil de nouvelles. Comme l’auteur du génial « Jérôme », Serge Cazenave-Sarkis parvient à nous faire toucher du doigt ce qui fait de nous des humains : besoin d’amour, solitude, cruauté, désespoir…


Le couple et la famille sont disséqués sans ménagement par l’auteur qui se délecte de faire tomber les masques sociaux que nous revêtons tous. Derrière des apparences banales, voire très comme il faut, les gens se révèlent tout autre sous sa plume acérée. Il suffit parfois de presque rien, en tout cas de pas grand-chose (un bruit dans les combles), un grain de sable dans les rouages bien huilés de notre quotidien, pour faire tout basculer. Heureusement, chez Serge Cazenave-Sarkis, la noirceur n’empêche pas l’humour, bien au contraire : on rit souvent, on s’indigne parfois, on frissonne presque toujours devant l’indicible enfin dit.


Ce qui marque dans ces nouvelles, c’est l’audace dont fait preuve l’auteur. Il n’hésite pas à bousculer le lecteur… voire à le manipuler comme le faisait Hitchcock dans ses films. Il parvient à planter le décor de chacune de ses petites histoires avec brio, dépeint des personnages auxquels on croit tout de suite car ils ont de l’épaisseur, sonnent justes car terriblement humains. D’autre part, il sait faire grandir et maintenir le suspens jusqu’à la fin, avec des chutes très travaillées qui laissent bouche bée.


Vous pensiez les vieilles dames inoffensives et rangées des voitures ? Eh bien, figurez-vous que la Tatie Danielle d’Etienne Chatiliez n’a qu’à bien se tenir : vous ne verrez plus jamais les grands-mères de la même façon après avoir lu « Les courses » et « Madame Jacket ». Couple de vieux garçons solitaires, mari au bord de la crise de nerf, grand-mère indigne, voisin envieux, cousin venant au restaurant avec sa compagne très « animale »… tels sont quelques-uns des drôles de personnages de Serge Cazenave-Sarkis, souvent entre deux eaux, prêts à basculer vers l’irréparable ― ou déjà de l’autre côté.


                                                                                         
Ce recueil de 17 nouvelles existe dans sa version numérique (format PDF, ePub, Mobipocket) que l’on peut acheter sur le site de l’Abat-Jour. La version papier sera imprimée et commercialisée si et seulement si la barre des 100 souscriptions est atteinte le 27 mai prochain : je compte sur vous pour souscrire sur Ulule.fr dès aujourd’hui !

On parle aussi de ce recueil sur ce blog ami
Une critique sur le  blog le Souffle numérique ici et une autre sur le blog Labyrinthiques .








3 commentaires:

1.      

http://img1.blogblog.com/img/anon36.png


très intéressante critique? Merci Marianne (Georgie)


2.      http://img1.blogblog.com/img/anon36.png


Bien d'accord avec vous sur le côté très "humain" de toutes ces nouvelles. Les différents personnages sont là pour nous montrer les pires vices que nous pourrions avoir.

C'est effectivement un très bon recueil !


3.      http://img1.blogblog.com/img/anon36.png


Merci d'être passé par ici Pierrick et au plaisir d'échanger avec vous sur nos lectures communes : je ne sais pas si vous avez vu mais j'ai une rubrique "livres numériques" sur ce blog, n'hésitez pas à y laisser des commentaires. Pour revenir au recueil de Serge Cazenave Sarkis, il explore l'humain dans toutes ses facettes y compris les moins reluisantes et je crois que la littérature sert à cela aussi !


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(2) PAR MARC LAUMONIER
Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 20:35
Hirondelle ou martinet
 
Capture d’écran 2013-04-14 à 16.44.58
 
   Amis lecteurs, amis écrivaillons ! Plus que 30 jours pour souscrire au recueil de nouvelles de mon ami Serge Cazenave (chez nos amis de ULELE, ici = http://fr.ulule.com/hirondelle-ou-martinet/ ) : « Hirondelle ou martinet ». Certes mon ami ignore la différence (pourtant aisée pour le commun des mortels) entre cet hirundinidé trisseur, annonciateur du printemps, admirable migrateur, qui niche ensuite dans les granges et les garages et l’apodidé martinet, fier, au cri strident (sriii sriii…) et aux ailes en faucille, capable de dormir la nuit en volant à plusieurs kilomètres du sol…/…Mais pardonnons-lui ses incompétences ornithologiques et intéressons-nous à l’écrivassier !
  Ces 17 nouvelles représentent le nec plus ultra de ce que peut produire cet auteur. Et sont typiques de son écriture et de son univers.
  L'univers de ce libertaire ? Ah ! Terrifiant ! Dans le jardin de tous les jours, l'auteur plante allégrement ses plantes vénéneuses avec - visiblement un amusement féroce, une nonchalance inquiétante, une autocensure aux oubliettes !
  Beaucoup d'assassins en série, beaucoup d'artistes angoissants, beaucoup de crimes tous plus étranges les uns que les autres, des quantités de blessés et de situations ineffables... Mais beaucoup d'humour, de cet humour que l'on qualifie de féroce - je dirais même immensément féroce - ; mais aussi une écriture bizarrement douce, proche des gens, amicale, qui va droit au but ; ici pas de place pour des fioritures et digressions poétiques : on ne connaitra pas la couleur du ciel ou la couleur de la robe de la mariée ; pas de parenthèse ; non, on ne distinguera que les tronches de ces gens "mal placés", de ces parias mal aimés, de ces aigris, de ces malheureux ; ou des personnages « normaux » mais en situation « extraordinaire » ; des morceaux de morve et de larmes, parmi les cadavres.
  Effectivement chez Serge Cazenave-Sarkis, on tue rapidement ; après tout, on résout les problèmes ainsi. Ce qui n'empêche pas une certaine "retenue", un certain allant de tendresse (cf la merveilleuse nouvelle "masque brisé" qui est inspirée d'une histoire vraie), il y a des situations ubuesques aussi, surréalistes. L’écriture est simple : le début des nouvelles ainsi que la chute sont très travaillés afin de ne laisser aucune chance aux lecteurs. Dans ce monde de brutes, tout est cohérence. Ecrire des nouvelles est à la fois simple et complexe, ici, l’auteur nous offre des textes étonnants qui piègent le lecteur en un tour de main.
C'est inopiné et efficace. 
Hirondelle ou martinet2
Sincèrement pour 11 euro (y compris les frais de port) : que risquez-vous ? A part faire des heureux et vous faire plaisir ? 
 
Mais qui est Serge Cazenave - Sarkis ? Vous l'avez peut-être déjà vu à la télévision dans l'excellente émission sur Renaud (dont j'ai oublié le nom)(le nom de l'émission, n'est-ce pas... :))
c'est ce gamin de 16 ans qui envahit La Sorbonne en mai 68 avec des potes (dont le futur Renaud) et qui a créé le Comité Gavroche durant cette époque. Après avoir fait du théâtre et de la chanson, il devient artisan d'art, et récemment s'est remis à écrire avec une sorte de frénésie contagieuse et réjouissante. 
Cazenavelà, il est ici à droite ; à gauche un de ses compagnons fidèles...
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(3) PAR PIERRICK MESSIEN

Hirondelle ou Martinet ?
Publié le 2 mai 2013 par Pierrick MESSIEN
7
hirondelle-ou-martinet
Aujourd’hui, faisons une petite revue sur la dernière publication d’un éditeur numérique que je ne connaissais pas jusque-là : les éditions de l’Abat-Jour. Un nom curieux pour un éditeur plus curieux encore, dont la marque de fabrique est l’anticonformisme. Tout un programme ! Bien que créées en 2010, les éditions de l’Abat-Jour n’en sont qu’à leur quatrième publication, Hirondelle ou Martinet ?, dont je vais vous parler ici…
Hirondelle ou Martinet ? est un recueil de nouvelles aussi curieux que son titre, écrit par Serge Cazenave-Sarkis et fondé sur l’humour noir. Il est assez important de préciser d’entrée de jeu que le "noir" est particulièrement prononcé à travers ces différentes histoires. La première nouvelle : "Madame Jacket" nous place dans l’ambiance dès le départ, en décrivant une adorable vieille dame… qui décide de massacrer sa famille entière ! Si ce récit en particulier est très amusant, certaines nouvelles sont particulièrement rudes et pas joyeuses pour un sou.
Étant adepte d’un humour noir gentil et décomplexé, j’ai vite compris que Serge Cazenave-Sarkis ne faisait pas que rire à travers ses dix-sept nouvelles. Ces dernières nous dépeignent finalement une humanité assez sombre et pleine de travers. Hommes et femmes y sont menteurs, jaloux, paranoïaques, vicieux, fous, assassins…
La galerie de personnages nous présente des gens pour la plupart brisés, abandonnés à eux-mêmes, impuissants. Certes, l’humour n’est pas totalement absent du recueil, et certaines situations absurdes m’ont arraché des rires ou des sourires, mais je garde l’impression que l’intérêt du recueil se trouve davantage dans une critique acide de l’humanité plutôt que dans la drôlerie.
Tous les textes de ce recueil ne m’ont pas plu, en partie parce que certains m’ont parus opaques ou peut-être trop imagés. C’est le cas pour la nouvelle Hirondelle ou Martinet ? qui donne son nom au recueil mais ne m’a pas vraiment touché. En revanche, j’ai beaucoup apprécié le style de l’auteur. Autant dans le vocabulaire des personnages que dans les lieux visités, Hirondelle ou Martinet ? sent bon le "terroir", un certain nombre de textes se passant dans les bonnes vieilles campagnes françaises ! En ressort un style très personnel et plein de caractère qui fait de la lecture du recueil une expérience plaisante… quoi que parfois  dérangeante !
Je recommande ce texte aux lecteurs qui ont le cœur bien accroché, qui aiment que leur humour noir leur soit servi bien corsé et qui n’ont pas une trop haute estime de l’espèce humaine !
Si vous faites partie de ceux-là, ce recueil numérique d’environ 110 pages est en vente au prix de 3,99€ sur le site des éditions de l’Abat-jour.
Je vous invite également  à consulter le projet de financement Ulule du livre sur cette page qui vous permettra de financer l’impression du recueil et d’en recevoir un exemplaire papier pour la modique somme de 11€.
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(4) PAR SEBASTIEN DE CORNUAUD-MARCHETEAU
Hirondelle ou martinet ? — Serge Cazenave-Sarkis
Hiron­delle ou martinet
Hirondelle ou martinet ? Nouvelles de Serge Cazenave
Hiron­delle ou mar­ti­net ? Tel un Sphinx gar­dant jalou­se­ment — un brin de cruauté mal dis­si­mulé dans son œil vicieux — l’entrée du der­nier recueil de nou­velles de Serge Cazenave-Sarkis, ce titre, dans sa pose nar­quoise, ne nous accorde dans sa forme inter­ro­ga­tive qu’une maigre alter­na­tive. Ici pas d’énigme, pas de mot de passe secret. C’est le prin­cipe même de la ques­tion fer­mée : la bourse ou la vie ? La corde ou le flingue ? Hiron­delle ou mar­ti­net ? Ques­tion fer­mée pour dire la fer­me­ture, l’étroitesse rétré­cis­sante du monde Caze­neu­vien. Un rétré­cis­se­ment — de la vie, de l’espace, de la société — que n’aurait pas dédai­gné un autre grand ama­teur de romans noirs, Boris Vian. Une fer­me­ture qui s’accorde par­fai­te­ment avec la lumi­no­sité ambiante. Plus noir que noir, comme le nou­vel Omo, sauf que ça ne lave rien ! Car dans ce recueil, nos yeux, gra­duel­le­ment sou­mis à une noir­ceur crois­sante, trouvent encore le noir trop saturé de cou­leurs et de lumières, et quand la lumière nous par­vient mal­gré tout, nous en sus­pec­tons immé­dia­te­ment l’origine : incen­die cri­mi­nel, défla­gra­tion d’arme à feu ou aube de la der­nière heure ?
Nul n’entre ici s’il recherche l’amour, la paix, la dou­ceur de vivre… Tel devrait être l’avertissement au lec­teur ins­crit en blanc sur noir sur le fron­tis­pice de ce livre. En trois mot, comme en mille, ça va sai­gner ! Les humeurs vont jaillir des corps, les âmes se déli­ter, deve­nir délé­tères, les masques tom­ber d’eux-mêmes… Si cer­taines nou­velles vont flir­ter avec le cau­che­mar absolu comme dans la nou­velle « Le Gonze » (dans lequel le nar­ra­teur m’a fait pen­ser à un tableau de Bacon peint au sabre plu­tôt qu’au cou­teau) beau­coup vont jouer sur un humour très noir et très inci­sif, un regard per­çant et sans com­plai­sance sur l’inhumanité, l’obscène. Un humour noir a 13°, ce qui pour un vin de table tape plu­tôt fort… Gare au réveil dou­lou­reux ! Ce cynisme âpre, ou âcre (ça dépend) dis­tille un sen­ti­ment ambi­va­lent : Ça rape ou ça dérape car « il suf­fit de peu de chose pour que tout bas­cule d’un côté comme de l’autre » (Des dents, des dents !). Car il n’y a rien qui rat­trape le rien dans ces nou­velles, tout semble engoncé dans une médio­crité, une mol­lesse vile, une bas­sesse incom­pa­rable. Ce pour­rait être les comices du vil­lage, ver­sion Freaks revi­sité par Hit­ch­cock. Les hommes, les femmes, les maris, les épouses, les maî­tresse, les vieux, les ado­les­cents, les enfants sont sai­sis au vif, dans leur aigreur, leur vis­cé­ra­lité, leurs pul­sions les plus crasses. Et quant aux ani­maux… c’est pire ! Oiseaux, chat, chien, singes, tout y passe ! Reste une ques­tion en sus­pend : n’y a-t-il rien qui nous rachè­tera sur cette fichue planète ?
Serge Cazenave-Sarkis, certes, ne réin­vente pas la nou­velle mais il en exploite habi­le­ment les arti­fices et les arté­facts, sur­pre­nant le lec­teur par ici, le cho­quant par ailleurs. Le pour­sui­vant sans relâche de son style tran­chant, il l’accule dans les retran­che­ments de la nar­ra­tion : la lec­ture s’en fait hale­tante, comme si nous mêmes étions pour­sui­vis par je ne sais quel détra­qué, l’auteur en per­sonne, qui sait ?
Par­fois, ren­con­trant les unes glauques et hal­lu­ci­nantes des tabloïds comme le Nou­veau Détec­tive, je me suis tou­jours demandé où ils allaient cher­cher tous ces faits divers. Main­te­nant, je sais : ils lisent Hiron­delle ou Martinet ?
Hiron­delle ou mar­ti­net ? est éga­le­ment un pro­jet porté par une mai­son d’édition, L’abat-jour : le livre est dis­po­nible en ver­sion numé­rique mais il est éga­le­ment pro­posé en sous­crip­tion dans une ver­sion papier. Pour voir le jour il faut que le pro­jet atteigne les 100 sous­crip­tions : alors, à votre tour, laissez-vous ten­ter par ce recueil noir et corrosif !


Pour­suivre le cauchemar
§  Sur le Pan­dé­mo­nium sur lequel figure éga­le­ment un entre­tien avec Serge Cazenave-Sarkis

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(5) PAR SAMUEL DUDOUIT


 

Hirondelle ou martinet ?, Serge Cazenave-Sarkis




Serge Cazenave-Sarkis, Hirondelle ou martinet ?, Éditions de lAbat-Jour, Avril 2013, 112 pages (ISBN : 979-10-90106-06-2), Genre : Nouvelles d'humour noir, Formats : PDF, ePub, Mobipocket, Prix : 3,99




Hirondelle ou martinet ? est un livre de nouvelles un peu noires, un peu jaunes, au style simple et direct qui laisse d'abord entrer le lecteur sans rien lui demander. Ce n'est qu'ensuite (mais très vite) qu'on se rend compte du tableau : les personnages de ce livre sont tous des monstres et pourtant cette monstruosité ne nous tient pas à distance car il devient vite clair qu'elle est celle de tout le monde. Rien que des individus banals jusque dans leurs travers, leurs défauts, leur bassesse, dans ces pages. Certains sont méchants par ennui, d'autres par dégoût, d'autres encore par hasard ou par fatalité mais tous finissent par tuer ou faire le mal comme on se fait du café, avec une sorte de tranquillité ou de calme qui ne signifie rien, sinon peut-être que celui qui fait le mal n'est pas à la hauteur de ce qu'il fait, qu'il ne voit rien d'autre que son petit ego et s'offusque, en petit propriétaire de lui-même, de tout ce qui peut lui arriver.


Quelles sortes de monstres ? Une vieille qui tue (et fait s'entretuer sa famille) par dégoût de sa progéniture (Mme Jacket), un couple de pompiste dont l'homme séquestre une petite fille dans une ancienne cuve à essence (Les caresses), un homme qui tue deux adolescents pour venger l'humiliation de son fils (J'avais) pour n'en citer que quelques-uns. L'auteur raconte cela dans une langue simple et alerte, non dénuée d'humour et ne fait aucune morale, ne juge personne. Tout est donné comme pris dans une logique, dans les hasards d'une vie ou les méandres d'une histoire que personne ne choisit. Les choses sont comme ça, on pourrait peut-être les changer (ça reste à voir) mais pas les juger, sinon d'un point de vue esthétique l'humour noir serait le premier critère. Ces monstres sont des artistes au sens « le Gonze » (le personnage de la nouvelle éponyme) l'entend : « Artistes, avons-nous choisi de lêtre ? Et sinon, pour quelle raison le sommes nous devenus, et si nous le sommes devenus, nest-ce pas que nous létions déjà ? Comme tout le monde, en émetteur-récepteur. Un peu plus récepteur que la moyenne, au début, et plus émetteur plus tardArtiste nest pas un métier ! Artiste doit rester une absurdité, une hardiesse ! Il ny a pas de salaire au bout. Le bénefquapporte la création ne sobtient quen provoquant laccident, une grosse merde, quelque chose qui va nous déstabiliser et nous faire créer une monstruosité qui fera date dans lhistoire de lart ». Des artistes c'est-à-dire des individus lambda, peut-être un peu plus sensibles que les autres, qui, confrontés à l'absurdité de l'existence, au lieu de s'abstenir se voient contraints d'agir, « créer une monstruosité », provoquer « l'accident », la « grosse merde » déstabilisatrice. Aucun mérite et aucun travail dans tout ça, rien qu'une propension à la distraction, à l'absence. Ici, l'artiste est le spectateur de sa monstruosité en marche. Nul doute que s'il le pouvait il se condamnerait lui-même, non par narcissisme ou par rage d'autodestruction mais simplement par conformisme. C'est que le mal dont l'auteur décline le portrait dans ses nouvelles n'est en rien un acte mais la simple pente malheureusement naturelle du bipède sans plumes (un poulet plumé selon Diogène). L'auteur fait ainsi dire au même « Gonze » cette phrase de Gauguin : « Le métier vient tout seul, malgré soi, avec lexercice, et dautant plus facilement quon pense à autre chose que le métier » dans laquelle il suffit de substituer le mot mal au mot métier pour saisir ce dont, sous couvert d'humour noir et d'un grotesque assez exagéré, on nous entretient très simplement dans ces nouvelles.


Une fois le livre terminé, reste ouvert (bien que le ton du livre soit loin de mener le lecteur dans dans ce sens) le pourquoi d'une telle fascination pour le mal chez l'auteur. Est-ce parce que, comme il l'écrit, « Lâme nexiste que dans laltérable et dans la multitude, dans lerrance. Dans le vivant qui pue ! Dans le grouillant » ?



A noter : Une souscription est en cours pour la version papier du recueil de nouvelles de Serge Cazenave-Sarkis : précommandez votre exemplaire sur le site des éditions de L'Abat-Jour.


Samuel Dudouit

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De Nikola Delescluse - émission littéraire - Université de Lille
http://blog.paludes.fr/post/2013/05/31/Paludes-683-du-vendredi-31-mai-2013



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De Philippe Sarr

lundi 24 juin 2013


"Hirondelle ou martinet" de Serge Cazenave Sarkis (éditions de l'Abat-Jour)


« Hirondelle ou martinet » : des nouvelles (très) iconoclastes de SCS. Ou la « campagne » revisitée.
(Aux éditions de l’Abat-Jour)



Après avoir lu les 18 nouvelles qui composent le recueil de Serge Cazenave Sarkis, « Hirondelle ou martinet », publié aux éditions de l’Abat-jour, on pourrait se poser la question suivante sur les « origines du Mal : qu’est-ce qui fait qu’un jour on puisse retrouver un homme pendu « à une poutre métallique » et sa compagne « à ses pieds, nue et égorgée comme un mouton ». N’attendez pas de réponse ! Une famille entière est-elle décimée (« Madame Jacket ») par une grand-mère apparemment bien sous tous rapports ? Encore un peu et on l’en excuserait presque. La raison (si ce mot peut encore avoir un sens !) : un journal dans lequel la grand-mère a consigné avec un luxe de détails aussi croustillants que la carapace d’un insecte ses horribles crimes !
Les chiens (« que rien n’effraie, pas même la main du tueur » - Monteclair) sont autant d’oiseaux de mauvais augure que tout ce qui compose notre univers, mais aussi des témoins, voire des acteurs privilégiés. Le Mal est « trans-espèce ».  Toute caresse, même celle d’un chien, suspecte. Tuer sa propre progéniture handicapée, un acte de bienfaisance! La fille de vos voisins est d’une grande beauté ? C’est, nous rappelle aussitôt SCS, « tout comme leur chien, leurs voitures, leurs manières, leurs amis » (« Sans répit »).
Très vite, on suppose que celles-ci, ces histoires où l’on compte les cadavres par dizaines, pourraient avoir pour cadre quelque village de la Somme ou de la Creuse. De la France « profonde ». Les fleurs y sentent bon… la vengeance et le ressentiment.
Aussi, les gens qui y vivent ressemblent-ils à de « vieux ronciers », parfois « taiseux », « robustes » (« Le gonze »). Et, pour certains d’entre eux, l’artiste, devine-t-on, doit-il être une « absurdité », une « hardiesse ». Quant à le payer ? Foutaise. Ont-ils seulement des yeux pour voir et apprécier une œuvre d’art ? Oui. Mais des yeux « injectés de sang, gonflés à péter comme des tomates cerises gorgées de soleil ! «  (on admirera la métaphore !). La « campagne » dans tous ses états, donc. Ils (ces « gens ») y respirent un air « d’une jolie couleur pelure d’oignon jaune ». Et les immeubles, s’il en existe, s’y « fanent ». La peinture, l’art en général, y sont tout aussi suspects. Nous sommes à l’ère de la photographie. Et tout devient possible. Même le pire. Surtout le pire !
Vivre à la campagne (pour y planter des morts, l’automne de préférence !) est également pour certains un rêve d’enfant. (Le rêve de trop?). Encore faudrait-il comme le narrateur de la nouvelle avoir pour épouse une femme qui, trop frustrée, devient « désagréable et tyrannique ». Pour s'en débarrasser? La tuer, se muer en « dragon cracheur de feu »! Comme dans « Une lettre », l’on « s’y déteste avec délectation », dans ces petits villages de province. Les impasses y portent de drôles de noms « celui du « Grand four » dans « Pignon désaccordé ».
Les vieilles horloges ? Elles n’y sont pas plus légères (« Temps mort ») de « s’être vidée de tant de temps ! ». (Pour de nombreux personnages, tuer le temps semble une nécessité absolue !). Et les jeunes gens y « bougent leurs bras comme les poules battent leurs ailes sans jamais pouvoir s’envoler ». (Parce que tuer est tout un art et donc, pas à la portée de n’importe qui !). « Rient en imitant le cri des corbeaux ». Et, dans les pâleurs de l’aube, on peut parfois «  y distinguer, affutés comme des poignards (volants ?), des dents de ragondins".
La « campagne » est-elle ainsi dépeinte par SCS comme n’étant plus immuable. La révolution technologique y a apporté, comme partout ailleurs, son « lot d’innovations ». (Y auraient tout désorganisé ?). Et, si les blés y poussent, ressemblant à ceux figurés par Vincent Van Gogh (les allusions à la peinture sont légion chez SCS), ce n’est que dans l’imaginaire encore vivace de ceux qui, bon gré, mal gré, y vivent encore sans répit.
L’humour, cette « politesse du désespoir », s’y manifeste avec un certain éclat (le pyjama imprimé de bandes dessinées de Gotlib !).
Comme dans « Désordre », l’avant dernière nouvelle du recueil, a-t-on l’impression, à lire SCS, que le « tueur », même quand il n’est qu’apprenti (l’apprentissage de la vie passe par celui, inéluctable, de la mort !) en s’envisageant dans une « carrière de malfaisant », s’invente une fonction, un rôle social qui, au final, le transcende : celle d’empêcheur de tourner en rond, de fauteur de trouble, de « remiseur » en cause d’un certain ordre établi synonyme de désordre. Pour reprendre les mots de SCS, l’univers est « un immense foutoir ». Un univers en partie gouverné par le Mal où tout peut arriver. Y compris (mais ce serait un moindre mal!) tomber amoureux d’une guenon. Voire tuer sa propre femme !
L’ensemble est servi par une langue riche de descriptions et d’inventions. Et les mots y pissent le sang. Ont parfois la tristesse d’une chanson de Léo Ferré.




« Hirondelle ou martinet », de Serge Cazenave Sarkis, aux éditions de l’Abat-Jour.




Philippe Sarr


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