Un article de Charles Duttine, sur FB.
Le monde est ce qu’il est. Rude, brutal, vulgaire, violent, tapageur, bavard, oppressant. On le vit et on le voit tous les jours, on le subit. Que faire devant ce flot ? Baisser les bras, se lamenter ou pleurnicher ? Quand tout va mal, voici ce conseil : prenez un bon livre, non pas pour oublier ou se consoler mais pour trouver peut-être des motifs d’espérance… Le poète Novalis le dit : nous avons besoin de poètes en temps de détresse…Vous prendrez bien un peu de poésie. Vous en reprendrez, histoire de vous requinquer… Et c’est ce que l’on ressent en ouvrant le dernier livre de Serge Cazenave « Gaspard », un recueil d’histoires pour la jeunesse. Mais ces récits ne visent-ils que les jeunes âmes ? Ne nous parlent-ils pas également ?
En parcourant cet ouvrage, on fait la connaissance de personnages savoureux. Des choses qui vivent leur vie. Des animaux, quelques humains (mais ils se ressemblent tellement, les bêtes et les hommes, et inversement). On découvre par exemple Tignasse et Trognon, deux chats de gouttière dont on suit les pérégrinations dans une maison en ruine. La « guerre des hommes- cette grande machine à perdre les repères » est passée par là. Mais pour ces deux-là, la grâce d’une plume, les minauderies d’une belle chatte et la beauté de la musique va éteindre toutes velléités agressives. Des chats pacifistes, donc. Il y a aussi beaucoup de rêveurs dans ces récits. Gaspard, le cochon qui ne voulait pas grossir, regarde le ciel la nuit, « le vent dans les arbres, les ombres sur les toits ». Pierre, le petit garçon rondelet, le « p’tit Bouddha » qui aime regarder « les fourmis faire la queue », « la lumière danser sur les vitres » et qui peut « rester assis des heures, sans rien dire ». Il y a également beaucoup d’êtres à part. L’ogre Goodi qui est végétarien, un cas bizarre chez les ogres puisque, on le sait, « les ogres qui n’aiment pas manger les petits enfants sont rares ». Et Goodi est fait de cette rareté.
Tous ces personnages précieux trouvent toujours une solution au malheur du monde, là où ils vivent. Ils ont des « idées folles », devant le mépris entre classes sociales, le rejet de la différence, l’arrogance, la méfiance, la volonté de puissance des uns, la soumission des autres. On dira que la démarche est naïve, enfantine, idéaliste. Mais n’avons-nous pas besoin de cette « enfance retrouvée à volonté » dont Baudelaire parlait et qui qualifiait, selon lui, le génie ?
Lisez ces textes de Serge Cazeneuve à vos enfants, faites-les découvrir à vos jeunes et parcourez-en vous-mêmes quelques pages. On aimerait d’ailleurs glisser ce petit livre sur la table de chevet de nos dictateurs préférés. Le monde en deviendra immanquablement meilleur.
Charles Duttine
